Marie-Amélie Le Fur : « Le P’tit Tour, le vélo et moi »
30 ANS DU P’TIT TOUR. Avant de devenir une athlète multimédaillée aux Jeux paralympiques, Marie-Amélie Le Fur a participé à la fin des années 1990 à l’Étoile Cyclo du Loir-et-Cher, déclinaison locale du P’tit Tour Usep. La présidente du Comité paralympique et sportif français apporte aujourd’hui son soutien à cette édition anniversaire et se souvient d’une aventure «sportive, humaine et culturelle» indissociable du rapport étroit qu’elle entretient depuis avec le vélo.
Marie-Amélie Le Fur, quel souvenir gardez-vous de votre participation à l’Étoile Cyclo du Loir-et-Cher ?
Je me souviens d’une aventure sportive et humaine, vécue du lundi au vendredi avec mes camarades de CM1 ou CM2 de l’école de Naveil, près de Vendôme. Rouler en peloton, manger et dormir ensemble dans les gymnases, c’est une super expérience de vie. J’ai aussi eu l’impression de découvrir mon département : avant Chambord, nous avions dû passer par le moulin de Talcy. Je me souviens évidemment des nuitées en gymnase, et aussi de l’abribus où nous nous étions protégés d’une averse !

Quel regard la dirigeante sportive que vous êtes devenue porte-t-elle sur cette expérience ?
Je la revois comme un projet construit sur l’année scolaire et qui vient récompenser des mois d’entraînement et d’apprentissage du vélo. Pour moi le P’tit Tour est une école citoyenne du vivre-ensemble et du partage de la route entre vélos et voitures. Et déjà, avec mon œil d’enfant, j’étais attentive à l’implication des parents et des accompagnateurs bénévoles. J’avais d’ailleurs beaucoup regretté que les miens, qui avaient donné un coup de main à la logistique quand ma grande sœur avait participé à l’Étoile Cyclo, n’aient pas eu la disponibilité professionnelle pour le faire aussi pour moi !
Je me souviens que le soir je n’avais pas envie de dormir, tant je voulais vivre cette aventure à fond. Alors, allongée dans mon sac de couchage, j’observais les adultes, ces moments qu’ils s’accordaient une fois les enfants couchés, et le lien que l’instituteur réussissait à tisser avec les parents. Une sorte de compagnonnage.

Quelle était alors votre pratique du vélo ?
De la simple balade sur les chemins en famille. Alors avec le P’tit Tour j’ai appris les bases du code de la route, le respect des distances, l’autonomie en cas de crevaison ou de souci mécanique… Je n’avais jamais appréhendé le vélo comme cela jusqu’alors.
Et après votre accident, à l’âge de 15 ans ?
Avec la natation, le vélo a été fondamental dans ma reprise sportive après mon amputation tibiale. Au-delà, il a toujours été une activité complémentaire de l’athlétisme, notamment en période de blessure, pour entretenir la puissance musculaire et le système aérobie, tout en limitant les chocs. Je continue aujourd’hui, même si c’est plutôt en version home trainer à la maison !
Présidente du Comité paralympique et sportif français, quelles relations avez-vous avec les paracyclistes ?
Une relative proximité, car le paralympisme reste un petit monde. Et j’ai bien sûr beaucoup de respect pour ces athlètes qui, aux Jeux de Paris, sur route ou sur piste, ont décroché 28 médailles, dont 10 en or, soit plus du tiers de celles médailles des équipes de France ! Mais au-delà de ces performances, je retiens d’abord les qualités humaines de ces champions et championnes.

Quelle place le vélo occupe-t-il dans votre vie aujourd’hui ?
Il est un outil de mobilité, surtout les jours où je viens à Paris. Pour plus de liberté et de fluidité, je suis utilisatrice du Vélib’. J’ai aussi ma séance de vélo d’appartement hebdomadaire, dans le cadre de mon entraînement sportif, au niveau plus modeste qui est le mien désormais… Et, avec mon conjoint, nous commençons à apprendre à nos deux filles de 6 et 3 ans cette forme de motricité : pour le plaisir de l’activité physique, pour le lien à la nature et pour la mobilité, afin que le vélo puisse faire partie de leur quotidien. En territoire rural, on est souvent trop dépendant de la voiture et je considère que c’est notre rôle de parent de montrer à nos enfants qu’il existe des mobilités douces alternatives. Qu’il s’agisse de se balader, de se rendre à la gare ou d’aller acheter le pain ! Le P’tit Tour Usep participe pleinement de cette éducation et je lui apporte tout mon soutien à l’occasion de ses 30 ans.
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