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Sébastien Bichon, cycliste handisport et parrain du P’tit Tour

8 minutes

30 ANS DU P’TIT TOUR. Amputé tibial à l’âge de 4 ans et médaillé de bronze en cyclisme sur route aux Jeux paralympiques de Sydney 2000, Sébastien Bichon multiplie depuis les exploits sportifs en tout genre. À 55 ans, cet ancien parent-accompagnateur du P’tit Tour parraine l’édition 2026 et invite tous les enfants à pédaler pour leur santé.

Sébastien Bichon, comment réagit-on quand, à l’âge de quatre ans, on se retrouve amputé d’une jambe en dessous du genou après un accident ?

À 4 ans, on ne se pose pas trop de questions. Pour moi en tout cas, la vie a continué son cours. Ma prothèse fonctionnait parfaitement, même s’il fallait en changer au fur et à mesure de ma croissance. Je n’étais pas dispensé de sport, ce qui me permettait de me sentir pareil aux autres, et les chirurgiens avaient aussi conseillé à mes parents de ne pas faire de différence avec leurs autres enfants. À la ferme, j’étais le 9ème d’une fratrie de onze… Je crois aussi qu’inconsciemment un petit moteur s’était mis en route dans ma tête : je veux vivre comme avant, être aussi fort que les valides, voire plus… Mais d’autres enfants ne réagiront pas forcément de la même façon : c’est une question de tempérament.

Et à l’école ?

Je n’ai jamais souffert de harcèlement, peut-être parce que j’avais du répondant. Mes copains ont appris à se méfier de « la prothèse de Sébastien » quand on jouait au foot dans la cour d’école. Si on se cognait involontairement tibia contre tibia, je ressentais seulement quelques vibrations quand l’autre criait de douleur. On savait donc qu’il ne fallait pas trop m’embêter, avec ma prothèse !

Quelle place le vélo avait-il alors dans votre vie ?

Le Noël qui a suivi mon accident, mes parents m’ont offert un vélo quand d’habitude c’était le cadeau d’entrée au collège. Ils pensaient que ce serait un plus pour avoir une vie normale. J’utilisais mon vélo pour me balader avec mon voisin du même âge ou avec mes frères et sœurs. Puis, adolescent, j’allais visiter les copains des villages d’à côté.

Comment le goût de la longue distance vous est-il venu ?

Quand j’étais en 5e ou en 4e, j’ai accompagné l’un de mes frères dans une virée en forêt de Mervent, en Vendée, à une trentaine de kilomètres de notre petit village des Deux-Sèvres. Nous avons fait l’aller-retour dans l’après-midi – c’était aux vacances de la Toussaint – et j’en garde un souvenir très fort. Par la suite, nous avons renouvelé ce genre d’équipée une ou deux fois par an. Puis, au lycée, je faisais parfois des sorties de 60-70 km pour aller découvrir d’autres paysages : le Marais poitevin, la Gâtine…

En 1994, à la fin d’un job d’été dans les Alpes vous vous lancez dans un raid de 750 km pour rentrer chez vous…

Là encore c’était pour découvrir d’autres régions, même s’il y avait aussi une notion de « challenge ». Trois ans avant, j’avais fait Grenoble-Briançon par le col du Lautaret, qui culmine à plus de 2 000 mètres, puis voulu rentrer chez moi à vélo. Mais j’ai abandonné au milieu du Massif central. Je n’étais pas préparé et je portais mon bagage sur le dos : une hérésie !

Vous rejoignez alors un club…

J’ai pris une licence dans un club cyclotouriste où, après deux ans et au vu de mes aptitudes, on m’a suggéré d’essayer la compétition. Et dès la première année, en 1996, je deviens champion de France sur piste dans ma catégorie handisport : ça motive ! J’ai appris à tirer le meilleur parti du matériel, comment m’entrainer, les stratégies de course. Et, qualifié pour les Jeux paralympiques de Sydney en 2000, j’y décroche la médaille de bronze sur route.

Sébastien Bichon, médaillé de bronze en cyclisme sur route, Jeux Paralympiques de Sydney 2000. (DR)

 

Racontez-nous…

Tout s’est joué au sprint. Je franchis la ligne à la lutte avec un concurrent allemand pour la 3e place. Lequel d’entre nous a la médaille ? Personne ne savait ! Finalement, j’ai devancé mon adversaire d’une demi-roue : il avait relâché son effort trop tôt ! Cette photo, je la montre quand j’interviens devant une classe ou en entreprise, pour expliquer qu’il ne faut jamais rien lâcher. Ce jour-là, c’est ce qui a fait la différence.

Des années plus tard, parallèlement à votre emploi dans une mutuelle niortaise1, vous multipliez les défis sportifs, dont l’ascension du Mont-Blanc en 2016. Pourquoi tous ces défis ?

Quand j’ai envie de quelque chose, j’y vais, et je pense comme un valide. L’ascension du mont Blanc, c’était le projet de deux de mes frères, dont l’un qui est accompagnateur en montagne et l’avait grimpé déjà plusieurs fois. « Et moi, je peux venir avec vous ? ». Ça s’est fait comme ça, avec une préparation physique effectuée à vélo.

Sébastien Bichon enjambe une crevasse, ascension du mont Blanc, 2016. (Pierre Bourras)

 

Vous participez ensuite en trio – réduit à un duo après la défaillance d’un d’entre vous, victime de la canicule – à une course d’ultra-cyclisme, la Born To Ride : 1 200 km entre Rambouillet et Saint-Lary, dans les Hautes-Pyrénées. Puis, en 2021, vous accompagnez un ami non-voyant, Marc Malterre, dans l’ascension du col de l’Aubisque en le guidant à la voix, chacun sur son vélo. Comment est-ce possible ?

C’était son rêve : grimper un grand col à vélo. J’ai dit OK, en pensant le faire en tandem. Non, il voulait que je le guide à la voix ! Mais on fait comment ? Nous avons fait un essai sur un parking, et après une chute de Marc nous avons compris que je devais être plus concis et plus précis dans ma communication, et lui plus attentif. Et nous avons relevé le défi, moi placé de trois quarts derrière lui pour le prévenir d’éventuels obstacles. Nous avons grimpé les 20 km en deux heures, début juin. Pour l’entraînement, la compagne de Marc nous accompagnait dans un véhicule avec les feux de détresse qui clignotaient. Et le Jour J, les pompiers nous ont ouvert la route, en faisant signe aux voitures arrivant en face de s’arrêter. Comme ils leur expliquaient pourquoi, les gens nous encourageaient : c’était super !

Dans l’ascension du col d’Aubisque avec son ami mal-voyant Marc Malterre. (DR)

 

Petit détail technique : avez-vous une prothèse et un pédalier adapté ?

Mon vélo n’a aucune adaptation. Je peux l’utiliser avec une prothèse de marche, mais en randonnée ou en compétition j’utilise une prothèse spéciale où le pied est remplacé par une cale similaire à celles des chaussures « à pédales automatiques ».

Quelle est la réaction des cyclistes que vous croisez lors de vos sorties d’entraînement ?

Du côté de Niort tout le monde me connaît, mais ailleurs les gens engagent volontiers la conversation. Et quand en 1999 j’ai effectué une grande randonnée VTT au Maroc pour préparer les Jeux paralympiques, ma prothèse fut une clé d’entrer en contact avec les gens, qui étaient particulièrement attentionnés.

Sébastien Bichon en randonnée VTT. (Dr)

 

Vous êtes père de trois enfants. Avez-vous pratiqué le vélo avec eux ?

Mes filles ont aujourd’hui 21 et 19 ans, et mon fils 14 ans. Le vélo, on l’a pratiqué en balades familiales. Mon fils a un VTT, mais il a voulu essayer le vélo de route : on va beaucoup plus vite, ça lui a plus. Mais son sport c’est le tennis de table, et pour ma fille aînée il n’y a que le foot qui compte !

Et le P’tit Tour à vélo de l’Usep, vous connaissez ?

Très bien ! Une année, j’ai accompagné ma fille cadette et sa classe de CM2 pendant trois jours1, de notre domicile de Faye-sur-Ardin au camping du Lambon – pour ceux qui connaissent. Cela a permis de montrer à ses camarades que, même avec un handicap, on peut faire du sport !

Sébastien Bichon en plein effort. (DR)

 

(1) Dans les années 2000, Sébastien Bichon a également témoigné bénévolement dans les écoles du nord des Deux-Sèvres. Depuis 2020, c’est devenu son métier : désormais conférencier, il partage son expérience, le plus souvent avec le personnel d’entreprises ou d’organisations, avec pour mots-clés « résilience » et « dépassement de soi ». www.sebastienbichon.com

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