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Violette Boutrolle, soutien du P’tit Tour: «Le vélo est un voyage»

7 minutes

30 ANS DU P’TIT TOUR. En 2022, Violette Boutrolle, 25 ans, professeure des écoles en Haute-Loire, a traversé l’Europe à vélo. Soutien du P’tit Tour 2026, elle raconte comment l’itinérance à bicyclette a changé le cours de sa vie.

Violette Boutrolle, quand le vélo est-il devenu pour vous un moyen de voyager ?

J’ai commencé à l’envisager durant ma dernière année de lycée, à Quimperlé (Finistère), en écoutant mon amie Nolwenn faire le récit de ses étés passés avec ses parents sur toutes les pistes cyclables d’Europe… Puis c’est devenu tangible quand, pendant mes études de graphisme à Paris, je me suis musclé les jambes en effectuant quotidiennement l’aller-retour Saint-Ouen-place de la République. J’ai notamment appris à régler ma selle, jusqu’alors trop basse comme chez beaucoup de débutants, et aussi à estimer les distances !

Quel a été votre premier voyage ?

J’en ai fait deux le même été. Le premier sur l’île de Wight avec mon frère aîné. Mais nous étions si peu au point qu’il a fallu réparer nos vélos avant les premiers tours de pédale. Puis, avec Nolwenn, nous avons pris le train pour Amsterdam et fait le tour de l’immense lac d’Yssel, en Hollande. J’ai appris à faire du camping et la popote sur le réchaud et je dessinais à l’étape.

Vous aviez attrapé le virus de l’itinérance…

Avec mes amis de l’école, nous nous sommes mis à fantasmer sur les destinations possibles : Allemagne, Italie… Une année, j’ai fait Lyon-Marseille en deux semaines avec une amie, et continué jusqu’à Pise avec un copain. C’est avec lui que j’ai découvert le bonheur de dormir à la belle étoile.

Vent chafouin au camping. (Violette Boutrolle)

 

Comment votre projet de grand voyage s’est-il dessiné ?

Je suivais des cyclistes voyageurs sur les réseaux sociaux et cette idée d’effectuer un long voyage après mes stages de fin d’études occupait mes pensées. J’avais mis un peu d’argent de côté, puis j’ai obtenu une bourse de 1 500 euros de la Fondation Paul-Émile Victor. Cela m’a permis d’acheter un bon vélo d’occasion. Cette bourse a aussi donné corps à ce projet consistant à partir sur les pas de l’écrivain suisse Nicolas Bouvier, qui raconte dans L’usage du monde le voyage qui, au volant d’un petite Fiat, l’a mené jusqu’en Asie avec son ami dessinateur Thierry Vernet. Ça m’a donné envie de découvrir les Balkans à vélo en tenant un journal de bord illustré de mes dessins et peintures.

Vos parents étaient-ils inquiets de vous laisser partir ?

Oui, et aussi admiratifs. Ils savaient que je n’étais pas complètement folle, et ma grand-mère m’avait payé une super assurance-rapatriement !

Quand le voyage a-t-il débuté ?

Fin mars 2022, depuis Marseille, après avoir écarté au tout dernier moment l’idée de partir d’Annecy en traversant les Alpes. En mars, beaucoup de cols sont encore fermés et il fait froid en montagne…

Les premières étapes n’ont pas manqué de péripéties…

Dès ma deuxième nuit, tandis que je dormais seule sur une plage, près de Toulon, je me suis fait voler mon vélo. Je me suis retrouvée avec mes quatre sacoches arrière et avant sur les bras… Mais j’ai ensuite bénéficié de toute une chaîne de solidarité, avec le coup de main décisif d’une association qui m’a aidé à retaper la randonneuse Peugeot achetée en urgence sur Le Bon Coin. Les gens de l’association ont changé les roulements et adapté les vitesses pour que je puisse monter les cols. C’est pour ça que j’ai appelé « Colette » ce joli petit vélo, qui en plus était de couleur violette : un signe ! J’ai pris ça comme une leçon de vie, et je suis repartie le moral regonflé !

Quel était l’itinéraire prévu ?

Je souhaitais rallier Alexandroùpolis, en Grèce, près de la frontière turque, et visiter en chemin toutes ces villes que je connaissais de nom à travers le jeu de société Les Aventuriers du rail ! Mais j’étais aussi ouverte aux rencontres et aux détours. Je postais sur Instagram de petits textes illustrés de mes dessins et les gens me répondaient. Comme ça je ne me sentais pas isolée. D’ailleurs j’ai découvert qu’en voyageant solo on est tourné vers les gens et eux viennent naturellement vers vous. Comme cette famille italienne qui m’a offert une glace, ou cette dame qui m’a donné des oranges…

En Italie. (Violette Boutrolle)

 

Et très vite vous n’avez plus été seule…

Après 17 jours, en grimpant un col en Italie, j’ai rencontré mon amoureux, Manuel, qui est Suisse allemand. C’est très romanesque comme rencontre ! Il revenait de Grèce et allait dans l’autre sens, mais nous avons continué ensemble, ave ces détours par chez lui et par l’Allemagne, l’Autriche…

Voyager à deux, c’est différent ?

Oui, d’autant plus qu’à vélo j’étais du genre à pédaler comme un « bourrin », alors que lui voyage peinard avec sa guitare, ses deux sacs de couchage et ses spatules en bois pour cuisiner. La moyenne journalière a chuté de 100 à 50 km ! Mais c’est normal qu’à deux le voyage prenne un peu la couleur de l’autre. Et quand j’ai fini par repartir seule, très vite mon amoureux a craqué. Il m’a rejoint et nous avons terminé le voyage en octobre à Sarajevo, en Bosnie. Puis nous sommes rentrés en train, avec un chiot dans nos bagages !

 

Trois ans et demi plus tard, vous voilà maman d’un petit garçon et professeure des écoles en maternelle dans un hameau de La Chaise-Dieu, en Haute-Loire…

À notre retour, nous avons enchaîné les petits boulots et déménagé deux fois avant de nous fixer à Olliergues, près d’Ambert, dans le Puy-de-Dôme. J’ai aussi pris la décision de renoncer au graphisme et de préparer le concours de professeur des écoles, pour transmettre. D’une certaine façon, le voyage m’a aidée à trouver ma voie.

Quelle place le vélo occupe-t-il dans votre vie aujourd’hui ?

Quand nous habitions Clermont-Ferrand, j’avais un vélo électrique avec lequel je suis allée chez la sage-femme jusqu’au lendemain de mon terme ! Aujourd’hui, avec un enfant en bas-âge nos vélos sont au garage. Mais nous avons la carriole et la tente pour repartir à trois. Et nous sommes inscrits sur Warm Shower, une plateforme d’entraide pour cyclistes où l’on offre l’hébergement pour une nuit. C’est une façon de rendre la pareille à tous les gens qui nous ont accueillis, et de prolonger le voyage. Et en attendant de repartir pour de bon, j’apporte tout mon soutien au P’tit Tour, auquel je n’ai pas eu la chance de participer, et tous mes encouragements aux enfants qui s’apprêtent à prendre la route.

Et si vous aviez un message à leur adresser ?

Que le vélo c’est la liberté, le bonheur de pédaler en plein air, parmi la nature, et de parfois croiser des animaux. Que le vélo c’est gratuit et écologique et que si ça grimpe, après ça descend. Respectez bien les consignes de sécurité et le code de la route, mais prenez aussi le temps d’admirer le paysage !

 

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