Les P’tits Reporters de Dordogne sur la route du Tour
Après les P’tits Reporters du Gers l’an passé, les enfants de deux classes Usep de Dordogne formés avec le CLÉMI vont tendre leur micro sur l’étape du Tour de France du 11 juillet entre Périgueux et Bergerac. L’un des enseignants, Benjamin Expert explique comment ses élèves se sont préparés.
Benjamin Expert, samedi 11 juillet, vos élèves de CE2-CM1 de l’école André-Boissière de Périgueux se mueront en P’tits Reporters lors de l’étape du jour du Tour du France. Comment les avez-vous entraînés dans cette aventure ?
L’organisateur du Tour, ASO, et le Centre d’éducation aux médias et à l’information, le CLÉMI, avaient coché l’étape Périgueux-Bergerac pour accueillir cette année les P’tits Reporters de l’Usep. J’ai tout simplement répondu à l’appel à candidature départemental, dont l’une des conditions, outre l’affiliation à l’Usep, est de mener un projet vélo avec sa classe. Or nous participons chaque année au P’tit Tour. J’ai même organisé des étapes quand j’occupais un poste à mission Usep sur le secteur sud-Dordogne.
Qu’est-ce qui vous a motivé pour vous porter candidat ?
L’occasion de découvrir les coulisses du Tour de France de près et l’aspect éducation aux médias. Avec ma collègue Aline, engagée dans le projet avec sa classe de CM1-CM2 de Bassillac, nous avons eu droit à deux jours de formation1, tant sur le plan pédagogique que technique : faire fonctionner un studio d’enregistrement et réaliser des interviews filmées, en assimilant le vocabulaire qui va avec. Et puis transmettre ce savoir aux élèves.

Les enfants travaillent à la fois sur l’expression et la maîtrise du son et de l’image…
Oui. Le 11 juillet, ils animeront une émission radio en direct, avec des invités présents en plateau, et se déplaceront dans le village-départ avec un trépied, une tablette numérique et un micro, afin de réaliser des interviews filmées.
Le P’tit Tour Usep a servi de répétition générale…
Oui. Lors de l’étape-phare du 26 mai où cinq classes, dont la mienne et celle de ma collègue, se sont retrouvées à la mi-journée Trélissac, où le CLÉMI avait installé un studio radio. Et parmi d’autres acteurs de la journée, les enfants n’ont pas manqué d’interroger le directeur académique des services de l’Éducation nationale adjoint.

Comment aviez-vous préparé cela en classe ?
Nous avons d’abord travaillé sur l’éducation aux médias : qu’est-ce que c’est qu’une information ? comment la vérifier ? qu’est-ce que c’est qu’une fake news ? Nous avons aussi participé en mars à la Semaine de la presse et des médias à l’école, puis réalisé un journal écrit sur l’opération « Les 100 jours du Tour de France », organisée à Périgueux un peu plus de trois mois avant l’étape du 11 juillet. Les enfants ont ensuite réutilisé cette matière pour une émission radio réalisée grâce au matériel laissé à notre disposition par l’OCCE. Nous avons également inséré des micro-trottoirs dans le script et invité un ancien coureur professionnel, Jean-Luc Delpech. L’émission est en ligne, chacun peut l’écouter ! C’est ce que nous avons fait en classe, pour identifier les points à améliorer. Nous avons aussi imaginé des petits jeux de rôle : un enfant était le journaliste, aux côtés du technicien et de celui chargé du minutage, tandis que d’autres interprétaient un coureur, un membre du staff, un caméraman, un spectateur…

Le 11 juillet tombe pendant les vacances. Beaucoup d’enfants pourront-ils être présents ?
Il y en aura la moitié de ma classe et les trois quarts de celle de ma collègue.
Les rôles de chacun ont-ils déjà été définis ?
Bien sûr : pas question d’improviser ! Certains enfants étant moins à l’aise avec la prise de parole en public, nous leur avons demandé s’ils préféraient être journalistes-intervieweurs ou techniciens, par exemple pour lancer les jingles et les virgules sonores. Pour ma part, je serai à l’arrivée à Bergerac avec les quatre élèves – deux des miens et deux de ma collègue – qui auront la chance d’être accueillis par les équipes de France Télévisions. Nous vivrons l’étape dans le camion-régie, avec les commentateurs, avant de participer à l’émission Vélo-Club. Les autres seront au village-départ, muni d’accréditations leur permettant de se déplacer dans des zones auxquelles le grand public n’a pas accès.
Certains enfants se sont-ils révélés à l’occasion de ce projet ?
Oui. Je pense tout particulièrement à une élève suivie en CATTP [centre d’accueil thérapeutique à temps partiel]. Elle a un gros blocage concernant la prise de parole, mais s’exprime très bien derrière un micro.

Avant même cet aboutissement du 11 juillet, que retenez-vous de cette expérience ?
Que du positif. D’ailleurs, pour moi le projet est déjà abouti : le 11 juillet, c’est la cerise sur le gâteau. À titre personnel, cela m’a donné l’occasion de me former à deux choses que je ne maîtrisais pas : l’éducation aux médias et la technique radio. Je suis désormais capable d’animer une webradio et l’école a décidé d’investir dans un studio : le projet va donc se prolonger, afin d’aborder sous cette forme toute une diversité de sujets. Quant aux enfants, c’est un vrai parcours citoyen dans l’éducation aux médias qui s’achève là. Ils ont appris que ce qu’ils peuvent entendre, voire ou lire, notamment sur internet et sur les réseaux sociaux, n’est pas forcément une information. Ils ont appris ce qu’est une source et en quoi consiste le métier de journaliste. Si tous les écoliers bénéficiaient de ce genre de formation, sans doute aurions-nous demain des citoyens plus éclairés, à même de faire le tri entre toutes les informations qui leurs sont présentées comme telles.
(1) Trois autres animateurs Usep du comité ont participé à cette formation répartie sur deux journées, en janvier puis en mars.
« Insuffler une culture vélo à travers le P’tit Tour »

« L’école André-Boissière est située près de la gare de Périgueux, dans un quartier populaire où nombre de familles sont issues de l’immigration. Ceci explique que, à l’instar de leurs parents, mes élèves n’avaient pas de culture vélo. Les trois quarts connaissaient à peine le Tour de France et ignoraient par exemple que le maillot jaune est le leader du classement. Le projet avec le CLÉMI a amené les enfants et leurs familles à s’intéresser à l’évènement.
Participer au P‘tit tour avec ma classe ne va pas non plus de soi. Chaque année, nous bénéficions de la mise à disposition de vélos par le comité Usep. S’assurer la participation de parents-accompagnateurs ayant passé l’agrément est également plus compliqué qu’ailleurs. Mais cela bouge. Les parents savent maintenant qu’en CM1 leur enfant participera au P’tit Tour et qu’ils seront sollicités pour encadrer les sorties. Nous commençons même à voir des élèves venir à l’école seuls à bicyclette, ce qui est précisément le but du Savoir Rouler à Vélo ! »